Le deuxième épisode en images

Photos : Fred Ortuño et Laura Bastier publiées sur http://instagram.com/collectifcouac

Qu’est-ce qu’on fait ensemble à Toulouse ?

Edito

Que peuvent tous les dispositifs institutionnels de « lutte contre les discriminations » ou « d’égalité des chances » réunis contre cinq minutes au journal télévisé de 20h présentant, de façon explicite ou sous-entendue, les banlieues françaises comme des zones de non-droit, de délinquance juvénile, de chômage inexorable, de bastion islamique, de différence inassimilable, bref de danger pour l’ordre social, moral et culturel de la France dominante…

iqp-2

Après avoir réuni en 2012 à la Reynerie des militants toulousains et d’autres villes pour débattre et échanger sur le traitement politique des quartiers populaires depuis trente ans et sur les luttes sociales qui y sont nées, nous aborderons pour ce deuxième épisode le traitement médiatique spécifique aux quartiers populaires et de l’immigration.

Nous débattrons des mécanismes internes aux médias, des effets de concentration et de financiarisation, du recours systématique au fait-divers, des sources des journalistes, des stéréotypes, etc…

Nous parlerons surtout de ce que nous avons le pouvoir de faire en tant que citoyens quand nous mettons la main sur les micros et les caméras pour construire une autre image de nos quartiers.

Radio de quartier, webtélé, fanzine… Des collectifs viendront expliquer comment ils ont monté leurs propres outils d’information, de communication et de transmission dans leurs quartiers et leurs villes et pourquoi c’est nécessaire.

Où en sont ces « aventures » aujourd’hui ? La plupart de ces médias, damnés de la presse traditionnelle, sont pour beaucoup menacés de mettre la clé sous la porte alors que 30 ans après la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme, et 8 ans après les révoltes de 2005, « ces baromètres sociaux des quartiers indiquent que la température du volcan français s’approche de la fusion* ».

L’image construite dans les médias et son impact dans l’imaginaire collectif n’est-elle pas en partie à l’origine d’autres inégalités dans le monde du travail, de la politique ou d’autres domaines de la vie sociale et culturelle ?

Alors à Toulouse, qu’est-ce qu’on fait ensemble ?

* Lire la tribune « Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés » publiée par plusieurs représentants de ces médias sur www.presseetcite.info

Banlieues : 30 ans de galère, toujours debout !

Nous sommes heureux et fiers de vous présenter ce deuxième numéro du "Journal Officiel des Banlieues" édité par Presse et Cité, et auquel le Couac s’est associé. Un dossier de 16 pages sur "Comment les quartiers s’organisent ?" revient sur l’Initiative Quartiers Populaires (épisode 1) portée les 27 et 28 avril 2012 à la Reynerie et prolonge, par une série de reportages et d’interviews qui lui font écho, ce moment rare axé sur la transmission des mobilisations d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui.

Détours par Marseille et les ratonnades de 1973 (p.9), focus sur Yazid Kherfi, "consultant en prévention urbaine" à Clichy-sous-Bois (p.19), le dossier dévoile aussi la mécanique de la politique de la ville depuis 30 ans (p.12-13)… à chaque semaine d’émeutes succédant à des morts de jeunes, un nouveau dispositif est créé : ZEP, DSQ, CUCS, ZUS, ZFU, ZRU, ACSE, CNV… c’est la "valse des sigles" de la politique de la ville. Du Blanc-Mesnil (93) où Zouina Meddour dirige un centre social et cherche les espaces où se prennent les décisions pour pouvoir agir (p.10), au quartier du Petit-Bard à Montpellier où les habitants se sont invités dans plusieurs conseils municipaux suite à des incendies violents et meurtriers (p.18), en passant par Vaulx-en-Velin, Lyon et les coups de gueule salutaires d’Abdelaziz Chaambi, Tarek Kawtari ou Morad Aggoun (p.15) sur l’islam, l’islamophobie, le rôle des éducateurs ou sur l’action sociale, on est bien loin des clichés que chacun peut avoir sur les habitants des quartiers populaires. Clichés que s’évertuent à combattre des médias des quartiers, peu nombreux et d’autant plus essentiels à considérer (zoom p.14), qui depuis 35 ans proposent de jeter un autre regard sur ces réalités. Enfin, la situation toulousaine (comme celle de la Reynerie et de Tabar, cette "autre Toulouse" p.16-17) est largement évoquée avec les mobilisations de ces dernières années (Place du Morvan à Bagatelle, collectif des sans-fenêtres suite à l’explosion d’AZF – p.18) et les interrogations d’habitants et de nombreux acteurs associatifs (Ambition Jeunesse, Vivre à Tabar, Dell’Arte, Tactikollectif…) au sujet des Assises de la Politique de la Ville, nouveau processus de concertation porté par la Ville de Toulouse (p.20).

En bref, une bonne séance de rattrapage pour celles et ceux qui n’ont pas pu participer à ces deux jours de rencontres, une trace importante pour chacun des acteurs présents, et pour tous, une belle façon de reprendre l’initiative du débat (lire aussi notre tribune p.22 "et après ?"), en s’appuyant sur la mémoire et l’actualité des luttes, les paroles croisées des militants politiques, des artistes, des acteurs culturels, éducatifs et sociaux pour transformer ces réalités.

TELECHARGER LE DOCUMENT :
Journal Officiel des Banlieues #2 (intégralité en pdf)

"La rénovation urbaine est loin d’être le succès incontestable qu’on nous vend" – côté quartiers – le blog d’Ixchel Delaporte

See on Scoop.itQuartiers Populaires

Renaud Epstein est maître de conférence en science politique à l’université de Nantes. Il est l’auteur de "La rénovation urbaine, démolition-reconstruction de l’Etat". Son livre vient de paraître aux Presses de Sciences Po.

See on quartierspop.over-blog.fr

"Nous ne sommes pas le poison de Grigny !" – côté quartiers – le blog d’Ixchel Delaporte

See on Scoop.itQuartiers Populaires

Face à la médiatisation disproportionnée de l’attaque du RER D, les Grignois ont saisi cette occasion pour répondre à ceux qui voudraient les réduire à une « zone de non-droit ». Samedi après-midi, des centaines d’habitants ont défilé dans les rues de la ville, en fanfare et déguisés. Ils arboraient un badge : « Fier de ma ville ». Reportage.

See on quartierspop.over-blog.fr

Mustapha Harzoune : "les quartiers populaires représentent le nouveau visage de ce que pourrait être la France de demain, métisée, dynamique, jeune, créative…"

Ça se passe au niveau des mentalités. Les responsables politiques doivent cesser de jouer le jeu d’un électorat supposé réfractaire à ces populations, ou réfractaire à une politique d’ouverture et à une politique d’investissement. Pour changer les politiques, il faut donc changer les imaginaires, investir le domaine culturel et artistique.

Journaliste, membre de la rédaction de la revue Hommes et Migrations, collaborateur à la CNHI, Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, Mustapha Harzoune est aussi éditeur aux éditions de L’Arganier, responsable de la collection "Rives Sud", coauteur avec Samia Messaoudi de Paroles kabyles, édition Albin Michel, coauteur avec Samia Messaoudi et Hervé Pinel de Vivons ensemble, Albin Michel 2012 et auteur du Guide culturel des prénoms arabes, édition de l’Arganier.

Il était l’un des invités de la rencontre organisée à Toulouse en novembre 2012 par le Tactikollectif : Algérie, le temps d’un cinquantenaire". (www.tactikollectif.org > http://www.youtube.com/watch?v=YuhGhlblU5k)

Entretien réalisé par Mélanie Labesse
Montage Fred Ortuño
Couac 2013.

D’Jal, humoriste [Comedy Club] : "c’est ça la France !"

Les quartiers sont populaires aux yeux de ceux qui y vivent. Moi je suis toujours nostalgique de ma banlieue, j’espère bien entendu que les générations d’aujourd’hui vont se battre et que le pouvoir va mettre les quartiers au centre… Moi j’ai voyagé dans mon quartier, avec les slaves, les vietnamiens, c’est ça la France !

D’JAL est un humoriste comédien de stand-up, "pilier" du Jamel Comedy Club. Il était à Toulouse en novembre 2012 avec plusieurs autres comédiens pour une soirée organisée par Dell’Arte (wwww.dellarte.fr) et le Tactikollectif (www.tactikollectif.org). C’est à cette occasion que nous l’avons rencontré.

Présentation sur le site du Mouv’
———————————————————————————————————

Djal est un humoriste globe trotter. Il joue un peu partout sur la planète et part à la rencontre de son public et des différentes communautés qui l’inspirent. Il est un des piliers du Jamel Comedy Club puisque présent depuis la 1ére saison.

Repéré en 2006 au Festival Juste pour Rire Québécois, Il se produit actuellement sur la scène du Comedy Club à Paris tout les mardis et mercredis à 21h30. La mise en scène de son one man show est signée Frank Cimière.

Compte twitter :
https://twitter.com/djalcomedy

Compte Facebook :
http://www.facebook.com/djalcomedy

Ecouter l’émission du Mouv’
http://www.lemouv.fr/diffusion-un-tour-avec-djal

Entretien réalisé par Mélanie Labesse
Montage Fred Ortuño
Couac 2013

Naïma Yahi : "il faudrait déconstruire les imaginaires liés à ce qui caractérise les quartiers populaires pour les célébrer pour ce qu’ils sont"

On assiste à un double mouvement entre l’émergence des quartiers populaires sur le plan politique, économique, des idées, etc… qui vient se frotter à ce fantasme d’un territoire de non-droit. Ce mouvement de balancier, tantôt vers une valorisation des quartiers populaires, tantôt vers des mises en accusation, ne cesse de fonctionner depuis 30 ans. (…) Il y aussi des quartiers populaires ruraux. Les populations appartiennent à la même histoire sociale, à la même histoire ouvrière, elles sont confrontées aux mêmes difficultés de relégation territoriale, à la même amnésie mémorielle du point de vue de ce qui la constitue, de ce qui en fait une richesse, c’est-à-dire son histoire urbaine ou rurale, son histoire de peuplement.

Naïma Yahi est historienne, déléguée générale de Pangée Network.

Son parcours, ses publications, responsabilités scientifiques et communications
http://www.unice.fr/urmis/spip.php?article566

Intervention de Benjamin Stora lors de la soutenance de Thèse de Naima Yahi, « Histoire culturelle de l’immigration algérienne », soutenue à Paris 8, en 2008. Mention très honorable.
http://www.univ-paris13.fr/…

Entretien paru dans le magazine Mondomix
Naïma Yahi : « S’arrêter sur la place des femmes dans la guerre d’Algérie répare un oubli »

Entretien réalisé par Mélanie Labesse – Montage Fred Ortuño [Couac 2013]

Olivier Le Cour Grandmaison, historien : "si la République veut être respectable dans ces quartiers, ses principes devraient commencer à être respectés"

La question des quartiers populaires n’est presque jamais à l’agenda politique des organisations de gauche parlementaire ou dite radicale d’un point de vue économique et social (…) la seule façon dont on parle, médiatiquement, communément et du point de vue du gouvernement, c’est encore et toujours à travers le prisme d’un ordre républicain réputé mis à mal et qu’il faut rétablir, en oubliant ceci que l’ordre républicain dont on nous parle est simplement et uniquement l’ordre public. Si la République veut être respectable dans ces quartiers, ses principes devraient commencer à être respectés. Le triptyque "Liberté, Égalité, Fraternité" devrait être mise en oeuvre."

Olivier Le Cour Grandmaison est maître de conférences en sciences politiques à l’université d’Evry-Val-d’Essonne, il est auteur de nombreux ouvrages, il a notamment publié Le 17 octobre 1961 : un crime d’État à Paris (dir. La Dispute, 2001). Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial, (Fayard, 2005. Traduit en arabe en 2007). La République impériale. Politique et racisme d’Etat, (Fayard, 2009. Traduit en arabe en 2010). De l’indigénat. Anatomie d’un "monstre" juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’empire français, (Zones/La Découverte, 2010. Traduit en arabe en 2011).

Dans le cadre de la 9e édition du festival "Origines Contrôlées", organisé à Toulouse par l’association Tactikollectif (www.tactikollectif.org), une rencontre-débat s’est déroulée le 28 septembre à l’Espace des Diversités de Toulouse, autour du thème "Histoire, mémoire collective et usages du passé", avec Olivier Le Cour Grandmaison, Françoise Verges, Yvan Gastaut, Laure Teulières.

Compte Facebook : http://www.facebook.com/olivier.lecourgrandmaison

Blog sur Médiapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/olivier-le-cour-grandmaison

Articles signés dans Politis :
http://www.politis.fr/_Olivier-Le-Cour-Grandmaison,374_.html